« Les entrailles de Gaïa : réalités et représentations de la mine »
Appel à communication pour deux colloques internationaux
📅 Dates et lieux
- 18 – 20 mars 2027 – Université de Picardie Jules Verne, Logis du Roy, Amiens
- 14 – 16 octobre 2027 – Université d’Artois, Faculté des Sciences Jean Perrin, Lens
🌍 Présentation
“En explorant les mille figures de Gaïa, on peut déplier tout ce que la notion de Nature avait confondu : une éthique, une politique, une étrange conception des sciences et, surtout, une économie et même une théologie.” Bruno Latour, Face à Gaïa (2015)
Les mines, exploitations humaines des sous-sols, chargées d’histoire et porteuses d’enjeux géographiques, économiques, sociaux et culturels, ont donné lieu à de multiples représentations imaginaires et artistiques. Placées au cœur d’évolutions technologiques ininterrompues jusqu’à l’ère numérique, elles concentrent aujourd’hui sur elles la critique de l’extractivisme. Les deux colloques interdisciplinaires intitulés « Les entrailles de Gaïa : réalités et représentations de la mine » proposent une exploration de ces espaces complexes, non limités aux fosses, et visent à déconstruire les représentations souvent stéréotypées des mines en invitant une large communauté de recherche à croiser les regards et les méthodologies. Toutes les disciplines (études littéraires, linguistique, histoire, histoire de l’art, sociologie, ethnologie, économie, étude des énergies et des paysages etc.) sont bienvenues pour dialoguer sur cet objet, que l’anthropocène invite plus que jamais à reconsidérer.
À partir du début de l’ère industrielle, l’exploitation des mines de charbon (houille) a été un facteur déterminant pour l’économie, la société, les paysages et la culture, dans l’actuelle région des Hauts-de-France. En témoignent par exemple les fosses Delloye et Arenberg, aujourd’hui patrimonialisées, situées respectivement sur les communes de Lewarde et Wallers, entre Douai et Valenciennes. À vol d’oiseau, elles se trouvent à moins de 50 km d’Arras et à moins de 100 km d’Amiens. L’ambition des deux colloques est de concilier cet ancrage régional avec une extension géographique maximale, au-delà des frontières européennes. On sait en effet que sols, sous-sols, et droits d’extraction façonnent des vies à travers le monde, mais y occasionnent aussi des conflits meurtriers et « barbares », selon le terme de Fabien Lebrun. Il conviendra encore d’envisager les ères préindustrielle et industrielle depuis l’Antiquité, dont les mythes désignent les différents âges par des noms de métaux, jusqu’au présent le plus actuel, le déploiement à grande échelle des technologies numériques et des technologies bas carbone de production d’électricité contribuant à une envolée de la demande mondiale de métaux.
Depuis le XVIIIe siècle, l’idée que le règne minéral ne relève pas du vivant s’est imposée. Les mines n’en sont pas moins des lieux de vie, comme en témoigne de manière exemplaire l’Encyclopédie de Diderot et d’Alembert. Humains et animaux y produisent des efforts physiques intenses, dans des conditions que l’on peut qualifier de défavorables d’un point de vue strictement biologique, et d’extrêmement pénibles si l’on fait droit à la sensibilité des uns et des autres. Rousseau s’émouvait de ce que l’on faisait subir à la nature – dont la nature humaine – au plus profond des fosses. Les romanciers naturalistes ou encore George Orwell s’en sont faits les témoins, et des écrivains contemporains redisent, en roman ou en autofiction, les enjeux individuels et collectifs typique de ces milieux. Une attention particulière pourra être portée au travail dans la mine comme expérience de vie hors du biotope de la surface terrestre, mettant à l’épreuve les possibilités et les limites du vivant. La vie sociale qui se construit autour des mines proprement dites, dans les espaces dévolus à l’habitat, à la formation (écoles) et au temps non travaillé sera elle aussi abordée.
Une autre piste d’exploration concerne le devenir des mines après la fin de leur exploitation. On pense au cas particulier des mines de lignite allemandes, à ciel ouvert, dont les zones considérées comme épuisées sont « renaturées » par la création de plans d’eau, qui dissimulent les stigmates laissés dans le paysage par l’exploitation de cette ressource, dont la combustion dans des centrales thermiques est très polluante par ses rejets massifs de CO2. Les mines désaffectées et les équipements qui les entourent peuvent devenir des lieux de mémoire du travail minier, dédiés à l’information du public, des lieux de production et / ou de consommation culturelle, ou bien encore de divertissement, y compris de pratique sportive (piscines, patinoires), et l’imaginaire de la vie souterraine continue d’enfanter. Toutes les formes de reconversion, porteuses ou non d’enjeux patrimoniaux et touristiques, pourront être étudiées.
La critique de l’extractivisme, qui en dénonce les effets délétères sur l’environnement et le climat et défend les droits des peuples autochtones contre l’accaparement néo-colonialiste des ressources du sous-sol, sera intégrée au champ des investigations. Si l’Union Internationale des Sciences Géologiques a rejeté en 2024 l’inscription de l’anthropocène comme unité formelle dans l’échelle des temps géologiques, le lien de cause à effet entre utilisation massive des énergies fossiles – dont le charbon extrait des mines – et réchauffement climatique semble quant à lui faire consensus dans la communauté scientifique. On s’intéressera donc aux relations complexes entre recherche scientifique, militantisme écologique et (in)action politique, et au miroir que leur tendent les médias et les productions culturelles.
Enfin, la quête de minerais dits stratégiques a largement participé aux processus de conquête et de colonisation à travers le temps et l’espace : recherche de l’or, du cuivre et de l’argent, de la potasse et de la cryolithe, des métaux rares ou de l’uranium par exemple. Là encore, l’exploitation minière a pu susciter des représentations propres aux espaces colonisés : images produites par les acteurs coloniaux comme par les acteurs locaux, à des fins publicitaires, techniques, touristiques ou encore politiques. Le second colloque sera particulièrement centré sur cette question, qui se situe au croisement des études coloniales et post-coloniales et engage la construction d’une mémoire partagée.
⚒ Axes de réflexion proposés
- Nature des métaux, minerais, minéraux, pierres et sources d’énergie extraits
- Arts et techniques de l’extraction : histoire, innovations, réussites et échecs
- Vécu humain dans et autour des mines : individus, communautés, mondialisation
- Paysages, animaux et environnement minier à travers l’histoire et l’anthropocène
- Imaginaires et langages des mines : littérature, arts, cinéma, musique, jeux, oralité
🧑🏫 Comité scientifique
– Tina Asmussen, chercheuse au Deutsches Bergbaumuseum de Bochum / professeure junior à la Ruhr-Universität Bochum (Allemagne)
– Mirhan Damir, Lecturer, Faculty of Fine Arts, Alexandria University (Égypte)
– Arnaud Huftier, professeur à l’Université Polytechnique Hauts de France
– Leonor A. Plácido de Medeiros, Assistant Professor, Faculdade de Ciências Sociais e Humanas, Universidade NOVA de Lisboa (Portugal)
– Virginie Malolepszy, directrice des archives au Centre Historique Minier de Lewarde
– Marie-Françoise Montaubin, professeure à l’Université de Picardie Jules Verne
– Massimo Preite, professeur émérite à l’Université de Florence (Italie)
📚 Bibliographie théorique sélective
– Asmussen, Tina : « The Cosmologies of the Early Modern Mining Landscape », in : Göttler, Christine et Mochizuki, Mia (dir.) : Landscape and Earth in Early Modernity: Picturing Unruly Nature, Amsterdam, Amsterdam University Press, 2023, p. 239–268
– Bednik, Anna : Extractivisme. Exploitation industrielle de la nature : logiques, conséquences, résistances, Le passager clandestin, 2016
– Cabot, Sébastien : La sécurisation des mines au xixe siècle. Savoirs, pouvoirs et contre-pouvoirs, Paris, Classiques Garnier, 2025
– Chastagnaret, Gérard : De fumées et de sang. Pollution minière et massacre de masse. Andalousie xixe siècle, Madrid, Bibliothèque de la Casa de Velásquez, 2017
– Collectif : Charbon et conflits dans le monde : actes du colloque international organisé par le Centre historique minier du Nord-Pas-de-Calais à Lewarde du 17 au 19 novembre 2014, Lewarde, Centre historique minier, 2016
– Collectif : Des machines et des hommes, émergence et mise en œuvre des innovations techniques dans les mines, actes du colloque international organisé par le centre historique minier du Nord-Pas-de-Calais à Lewarde le 19 et 20 novembre 2012, Lewarde, Centre historique minier, 2013
– Collectif : Les paysages de la mine, un patrimoine contesté ? Actes du colloque international organisé en 2008 par le Centre historique minier du Nord-Pas de Calais et le CILAC (Comité d’information et de liaison pour l’archéologie, l’étude et la mise en valeur du patrimoine industriel), Lewarde, Centre historique minier, 2009
– Collectif : Mondes souterrains. 20000 lieux sous la terre, Liénart / Louvre Lens, 2024
– Collectif : Extraction, = Granta. The Magazine of New Writing, n° 167, Spring 2024
– Cooper-Richet, Diana : Le Peuple de la nuit : mines et mineurs en France, Paris, Perrin, 2002
– Desbois, Evelyne, Jeanneau, Yves et Mattéi, Bruno : La foi des charbonniers. Éditions de la Maison des sciences de l’homme, Ministère de la culture, 1986
– Eliade, Mircea : Forgerons et alchimistes, Paris, Flammarion, 2018 [1ère éd. 1956]
– Emperaire, Laure (dir.) : La Forêt en jeu. L’extractivisme en Amazonie centrale, Marseille, IRD Éditions, 1996
– Fluck, Pierre : « L’eau et la mine, la mine et l’eau : considérations épistémologiques », in : Rencontres transvosgiennes, n° 11, 2021
– Fressoz, Jean-Baptiste : Sans transition. Une nouvelle histoire de l’énergie, Paris, Seuil, coll. Écocène, 2024
– Galeano, Eduardo : Les veines ouvertes de l’Amérique latine [Las venas abiertas de América Latina, 1971], Paris, Plon, 1981, Pocket, 2001
– Gérôme, Noëlle (dir.) : Archives sensibles. Images et objets du monde industriel et ouvrier, Cachan, Éditions de l’École normale supérieure de Cachan, 1995
– Gilberthorpe, Emma et Hilson, Gavin (dir.) : Natural Resource Extraction and Indigenous Livelihoods: Development challenges in an era of globalization, Londres, Routledge, 2016
– Gillet, Marcel : Les Charbonnages du Nord de la France, Paris, La Haye, Mouton, 1973
– Gold, Helmut : Erkenntnisse unter Tage. Bergbaumotive in der Literatur der Romantik, Wiesbaden, Springer Fachmedien, 1990
– Hardy-Hémery, Odette : « Rationalisation technique et rationalisation du travail à la Compagnie des Mines d’Anzin (1927-1938)», Le Mouvement social, n° 72, juin-septembre 1970
– Hachez-Leroy, Florence (dir.) : « Le patrimoine industriel en Nord–Pas-de-Calais / Industrial Heritage in Nord Pas-de-Calais », Patrimoine industriel, n° 65, 2014
– Huftier, Arnaud et Montaubin, Marie-Françoise (dir.) : Jules Mousseron : de la mine à la plume. Recherche et témoignages, Valenciennes, Presses de l’Université de Valenciennes, 2026 [à paraître]
– Izoard, Celia : La ruée minière. Enquête sur les métaux à l’ère de la transition, Paris, Seuil, coll. Écocène, 2024
– Jarrige, François : La ronde des bêtes : le moteur animal et la fabrique de la modernité, Paris, La Découverte, 2023
– Kirsch, Stuart : Mining Capitalism. The Relationship between Corporations and Their Critics, Berkeley, University of California Press, 2014
– Lebrun, Fabien : Barbarie numérique. Une autre histoire du monde connecté, Paris, L’échappée, 2024
– Le Roux, Thomas : « Les mines en révolution : utilité publique et concessions en débat, 1789-1810 », in : Serge Aberdam, Anne Conchon et Virginie Martin (dir.), Les dynamiques économiques de la Révolution française, Paris, Institut de la gestion publique et du développement économique, 2021
– Lucas, Philippe : La rumeur minière ou le travail retravaillé, Lyon, Presses universitaires de Lyon, 1985
– Lynch, Martin : Mining in World History, Londres, Reaktion Books, 2002
– Miller, Elizabeth Carolyn : Extraction Ecologies and the Literature of the Long Exhaustion, Princeton, Princeton University Press, 2021
– Mitterand, Henri : « Zola à Anzin : les mineurs de Germinal », in : « Le travail dans les fictions littéraires », Travailler, n° 7, 2002/1
– Peyrière, Monique et Ribert, Évelyne (dir.) : Vivants sous la terre, = Communications, n° 105, 2019
– Pillet, Frédéric : Le Patrimoine industriel minier du bassin de Blanzy, Montceau, Le Creusot, Dijon, Editions du Patrimoine-Éditions Faton, 2000
– Reboul, Pierre : « La mine dans la littérature du xixe siècle », in : Errements littéraires et historiques, Villeneuve d’Ascq, Presses universitaires du Septentrion, 1979
– Sánchez Vásquez, Luis, Olivieri, Chiara, Escalante Moreno, Helios et Velásquez Pérez, Mariela (dir.) : Minería y extractivismos. Diálogo entre la Academia y los movimientos sociales, Grenade, Editorial Universidad de Granada, 2021
– Sent, Eleonore (dir.) : Bergbau und Dichtung. Friedrich von Hardenberg (Novalis) zum 200. Todestag, Weimar/Iéna, Hain Verlag, 2003
– Varaschin, Denis : Travailler à la mine, une veine inépuisée, Arras, Artois université Presse, 2003
📩 Soumission des propositions
Les propositions de communications (titre, résumé de 400 mots maximum, brève note bio-bibliographique) sont à envoyer avant le 15 juin 2026 sur Sciencesconf.
Les réponses du comité scientifique seront communiquées en octobre 2026.
💶 Langues de travail
Les communications et les échanges se feront en français ou en anglais.
💶 Droits d’inscription
Des droits d’inscription de 50 € sont demandés aux universitaires titulaires.
Les participants sont invités à faire prendre en charge leurs frais de transport et d’hébergement par leur institution, mais une aide peut être apportée au cas par cas.
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Organisatrices
Catherine Grall et Clémence Couturier-Heinrich, Université de Picardie Jules Verne, CERCLL – Florence Hachez-Leroy, Université d’Artois, CREHS
Institutions partenaires
Centre Historique Minier de Lewarde
Université Polytechnique des Hauts de France
CILAC (Comité d’information et de liaison pour l’archéologie, l’étude et la mise en valeur du patrimoine industriel)
Contact
clemence.couturier-heinrich@u-picardie.fr
florence.hachezleroy@univ-artois.fr